Meurtre ou légitime défense? un buraliste rejugé à Toulouse

10 Décembre, 2016, 05:08 | Auteur: Sebastien Chopin

"Je ne suis pas un meurtrier, je n'ai jamais voulu tuer personne", a déclaré le buraliste le 7 décembre lors de l'ouverture de son procès en appel.

Au moment de la lecture de l'acte d'accusation, il a gardé la tête baissée et les mains jointes, alors que l'émotion parcourait les bancs où étaient installés la famille du jeune défunt. Me Georges Catala, avocat de l'accusé, avait souligné l'absence d'Ugo, le second cambrioleur, "un témoin essentiel pour ne pas dire capital", qui se trouve actuellement en Nouvelle-Zélande.

Le 14 décembre 2009 vers 02H30 du matin, M. Fournié avait tué d'un coup de fusil de chasse un lycéen de 17 ans, Jonathan, qui s'était introduit par effraction dans son bureau de tabac de Lavaur (Tarn) avec un de ses amis, Ugo, lui aussi mineur.

En décembre 2009, le buraliste constate que des barreaux de son commerce à Laveur (Tarn) ont été sciés. Il avait alors mis en place un système d'alerte en tendant un fil de pêche entre des chaises.

Armé de son fusil, le soir du drame, il ouvre le feu dans l'obscurité. La veille du drame, Jonathan, qui était "un ami d'enfance", avait décidé de l'accompagner dans le bar-tabac pour y voler des cigarettes et de l'argent.

L'avocat général a longuement questionné les décisions de M. Fournié: le fait que les barreaux n'aient pas été réparés, qu'il n'ait pas remis en marche son "alarme volumétrique", posé un verrou, puis le soir-même allumé la lumière ou appelé les gendarmes.

Début avril 2015, la cour d'assises du Tarn l'avait condamné pour meurtre et blessure, jugeant sa riposte "disproportionnée" et rejetant la qualification de légitime défense retenue par l'avocat général, qui avait requis l'acquittement. En première instance, Luc Fournié avait affirmé "vouloir défendre sa famille" s'était présenté comme un citoyen ordinaire.

Car "vous allez juger un homme sept ans après les faits, parfaitement inséré, qu'on peut considérer qu'on ne reverra plus", a prédit l'avocat général.

Du côté de la défense, pour Maître Patrick Maisonneuve, "la famille, les parties civiles, souhaitent voir reconnaître la culpabilité de celui qui a tiré et tué Jonathan". "Il avait mis en place un système pour le bruit, il est sorti de son arrière-cuisine et il a tiré immédiatement sur Jonathan, avant de l'enjamber et de tirer une deuxième fois", a ajouté à l'AFP le pénaliste.

La cour a "refusé ce glissement dangereux de la légitime défense à l'autodéfense, que la force l'emporte sur le droit", s'est au contraire félicité Me Simon Cohen, avocat des parties civiles.

"Est-ce que cet homme était en état de légitime défense?" La réponse est non.

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