Pratiques "nazies": Berlin accuse Erdogan d'avoir "franchi une limite"

20 Mars, 2017, 23:41 | Auteur: Phil Beauvilliers
  • Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan à Istanbul le 12 mars 2017. 

En se bornant à qualifier ces propos d'"inacceptables", le gouvernement allemand se contente de réitérer la position déjà exprimée à chaque sortie de ce type du chef de l'Etat turc.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a justifié cette retenue par la volonté de Berlin de ne pas donner des arguments au président Erdogan pour faire de la surenchère avant le référendum du 16 avril dans son pays sur un projet de révision constitutionnelle qui doit renforcer ses pouvoirs.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé, à la télé, la chancelière allemande Angela Merkel d'avoir recours à des pratiques "nazies".

"J'ai dit de ce fait très clairement à mon homologue turc qu'une limite avait été franchie", ajoute Gabriel.

"Je crois, si Dieu le veut, que le parlement turc fera le nécessaire à propos de vos exigences sur la peine capitale après le 16 avril", a déclaré M. Erdogan lors d'une réunion électorale.

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L'Allemagne est au centre du bras de fer du président Erdogan avec l'Europe car elle héberge la plus importante diaspora turque au monde, dont 1,4 million de personnes inscrites sur les listes électorales consulaires. Le chef de la diplomatie allemande, le social-démocrate Sigmar Gabriel, s'est montré lui plus ferme.

Proche de la chancelière, Julia Klöckner, vice-présidente du parti conservateur CDU, a appelé à répondre avec fermeté: "Est-ce que M. Erdogan a encore tous ses esprits?", s'est-elle interrogée devant la presse, appelant à supprimer "les aides financières qui se montent en milliards d'euros de l'Union européenne". La chancelière allemande réagissait à de nouvelles attaques à son encontre proférées par le président turc Erdogan.

Dans un nouvel accès de fureur, la Turquie a annoncé dimanche avoir convoqué l'ambassadeur d'Allemagne pour protester contre la tenue la veille à Francfort d'une manifestation de Kurdes lors de laquelle avaient été brandis des drapeaux du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit, et avaient été lancés des appels à voter non au référendum du 16 avril.

Ce dernier, qui vit en exil aux Etats-Unis depuis 1999 et dont la Turquie demande l'extradition, est accusé par Ankara d'être l'instigateur du coup d'Etat militaire manqué de juillet dernier. "Nous sommes plus éloignés que jamais d'une adhésion de la Turquie à l'UE", a-t-il dit au magazine Der Spiegel publié ce week-end, ajoutant avoir "toujours eu des doutes".

Une telle mesure acterait donc la fin des ambitions de la Turquie sur ce point, comme l'a souligné hier le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, dans une interview au quotidien allemand Bild.

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