L'opposition réclame l'annulation du référendum — Turquie

21 Avril, 2017, 03:17 | Auteur: Phil Beauvilliers
  • Quelque 55,3 millions de Turcs sont appelés à se rendre aux urnes pour se prononcer par référendum sur une révision constitutionnelle

Bulent Tezcan, vice-président du CHP, a déclaré au cours d'une interview télévisée que la légitimité du référendum pouvait sérieusement être mise en doute.

L'opposition dénonce notamment une décision de dernière minute du Haut-Conseil électoral turc (YSK) de considérer comme valides les bulletins de vote non marqués du sceau officiel des scrutateurs. Toutefois, le score très serré - le "oui" l'a emporté avec 51,4 % des voix - et très contesté, traduit les profondes divisions de la société turque et douche les rêves de plébiscite du chef de l'État, qui se perçoit comme le père de la nation.

L'annonce du résultat du référendum a enchanté Donald Trump et Vladimir Poutine, qui ont appelé leur homologue turc, Recep Tayyip Erdogan dès le lendemain du référendum, lundi 17 avril, afin de le féliciter.

Le soutien en faveur du "oui" a dominé la couverture médiatique de la campagne, qui a été entachée par l'arrestation de journalistes et la fermeture de certains médias, disent-ils.

La Commission européenne a souligné les " sérieuses préoccupations " exprimées par le Conseil de l'Europe au sujet des modifications de la constitution turque, soumises au referendum du 16 avril prochain. Il a appelé l'UE à respecter "les processus démocratiques".

Devant les critiques des observateurs européens et du Conseil de l'Europe, qui ont dénoncé un scrutin "pas à la hauteur des critères" européens, le président Erdogan leur a demandé de "rester à leur place".

Mais le président Erdogan a balayé ces observations.

Une hypothèse confirmée par les déclarations du président turc: " L'Union européenne menace de geler les négociations. La veille, il avait déjà lancé l'idée d'un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Paris a averti lundi qu'une telle mesure provoquerait une "rupture" avec l'Europe.

Avec sa victoire, M. Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch le 15 juillet, pourrait en théorie rester à la tête de l'Etat jusqu'en 2029.

" S'il pense que son discours anti-Européen peut lui faire gagner des votes, il peut poursuivre " dans cette voie, analysait lundi Esra Ozyurek spécialiste de la Turquie à la London School of Economics.

Les deux hommes ont ainsi "évoqué l'action des Etats-Unis en réponse à l'usage par le régime syrien d'armes chimiques", a précisé la Maison Blanche.

La relation difficile entre l'UE et la Turquie, partenaires économiques mais aussi engagés l'un envers l'autre dans la gestion de la crise migratoire, pourrait se refroidir encore davantage, selon Amanda Paul, analyste au European Policy Centre (EPC) basé à Bruxelles. En interdisant à des ministres turcs de participer à des meetings auprès de la diaspora, l'Allemagne et les Pays-Bas se sont attirés en retour de vives critiques d'Erdogan, qui les a comparés au nazisme.

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