Ce que l'on sait après les derniers rebondissements — Affaire Grégory

17 Juin, 2017, 19:59 | Auteur: Nathanaël Gerin
  • Le procureur général de Dijon Jean Jacques Bosc le 16 juin 2017

Marcel Jacob, 71 ans, l'oncle du père de l'enfant de quatre ans retrouvé mort pieds et poings liés dans un cours d'eau en octobre 1984 dans l'est de la France, a été placé en détention provisoire.

12h00: La garde à vue de trois membres de la famille Villemin, interpellés mercredi dans les Vosges, se poursuivait jeudi à Dijon, après un minutieux travail de relecture et d'analyse du dossier de l'affaire Grégory, parmi les plus énigmatiques et emblématiques des années 1980. Jeudi, le magistrat avait désigné Jacqueline Jacob comme un des "corbeaux " de l'affaire.

"En vingt ans d'exercice professionnel, je n'ai jamais vu ça de ma vie".

Selon les nouveaux éléments de lenquête, le couple Jacob sadonnait à léchangisme, une pratique qui, une fois ébruitée, a dautant accentué le climat délétère au sein de la famille Villemin.

Le parquet général a par ailleurs requis une mise en examen pour " séquestration " à l'encontre de Marcel Jacob, son époux, a-t-on appris auprès de son avocat.

Elle s'emploie en outre à défendre la mémoire de Bernard Laroche, tué par son fils Jean-Marie en 1985 car il le croit coupable de la mort de Grégory, en se disant convaincue de son innocence. Et c'est donc le "clan Laroche" qui se retrouve de nouveau au centre de l'enquête, relancée par l'analyse graphologique des lettres de menaces et autres courriers anonymes qui foisonnent dans le dossier.

Mercredi, les gendarmes de la section de recherches de Dijon avaient placé en garde à vue Marcel Jacob, oncle maternel de Jean-Marie Villemin (le père de l'enfant assassiné), sa femme Jacqueline, ainsi qu'une belle-soeur du père, Ginette Villemin.

Dans le passé, les enquêteurs s'étaient aussi penchés à de nombreuses reprises sur un mystérieux "corbeau" ayant revendiqué le meurtre de l'enfant, en invoquant une "vengeance" dans une lettre postée apparemment avant la découverte du corps, en 1984.

Marcel Jacob avait été soupçonné une première fois d'être le corbeau lorsqu'une lettre anonyme avait fait état d'une altercation entre deux frères de Jean-Marie dont il avait été le seul témoin.

Si la réussite de son fils Jean-Marie lui inspire une admiration sans borne, ses sentiments à l'endroit de sa belle-fille Christine sont contrastés: lorsque la mère de Grégory est soupçonnée d'être l'assassin de son propre fils, Monique Villemin se constitue partie civile et soutient l'accusation.

Un logiciel d'analyse criminelle, conçu par la gendarmerie et fréquemment utilisé pour résoudre les "cold cases", a permis d'avoir "un regard neuf sur la procédure" en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences "qui avaient jusque-là échappé aux enquêteurs". Ou bien est-ce Marcel Jacob, puisqu'il lui ressemblait? Mais selon le procureur de la République de Dijon, Jean-Jacques Bosc, "il y a un débat (sur ce qu'ils faisaient le jour de la disparition), ils ne présentent pas en l'état d'alibi qui soit confirmé ou étayé".

Le procureur général auprès de la cour d'appel de Dijon, lors d'une conférence de presse le 15 juin 2017.

"A l'évidence, Grégory a été enlevé du domicile de ses parents et retenu un certain temps jusqu'à sa mort", a encore assuré le magistrat, ajoutant que les personnes qui ont participé à cet enlèvement "sont les auteurs du crime". Mais "ce que je peux dire, c'est que nous avons avancé significativement".

L'avocat de Marcel Jacob a jugé pour sa part "criminel de jeter en pâture le nom d'un couple". "On n'a aucun élément matériel, rien, on a mis la charrue avant les bœufs". "Il n'y aurait pas eu d'assassinat sans enlèvement préalable", justifie M. Bosc, qui reconnaît honnêtement: "Nous ne savons pas très précisément, pour l'instant, comment est mort Grégory". Mais on met en examen mon client Marcel Jacob.

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