Ce qu'il faut retenir à 18 heures — Affaire Grégory

17 Juin, 2017, 16:06 | Auteur: Christian Jacquard

Le 16 octobre 1984, lorsque les gendarmes ont repêché la dépouille de Grégory Villemin, 4 ans, dans la Vologne, une rivière vosgienne, entravé aux poignets et aux chevilles, son bonnet rabattu sur les yeux, ils ignoraient encore qu'un " corbeau " avait déjà annoncé sa mort par un appel téléphonique à son oncle paternel, Michel. "On a mis la charrue avant les boeufs", a dénoncé l'avocat de Marcel Jacob, Stéphane Giuranna, précisant qu'il allait rapidement demander "la nullité de la mise en examen" de son client, qui aurait dû, selon lui, seulement être placé sous le statut de témoin assisté. Les intéressés ainsi qu'une belle-sœur du père de Grégory, Ginette Villemin, ont été interpellés mercredi et placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de l'enfant. Et ce vendredi après-midi, les soupçons se sont bien confirmés. Les enquêteurs pensent avoir identifié les fameux "corbeaux" et qu'ils ont joué un rôle dans la mort de l'enfant, compte-tenu de leur degré de connaissances des faits et de l'absence d'alibis le jour du drame. Quant à son mari, Marcel Jacob, il se serait contenté d'affirmer qu'il ne se rappelait de rien.

L'étau judiciaire se resserre autour du couple Jacob. "Ils ont secoué une dernière fois le cocotier de la vallée de la Vologne, mais rien n'est tombé". Et le procureur d'évoquer une altercation entre Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, et Marcel Jacob en décembre 1982 au cours de laquelle ce dernier aurait déclaré "Je ne sers pas la main d'un chef", le mot "chef", se retrouvant dans un certain nombre d'écrits anonymes.

Marcel Jacob, oncle maternel de Jean-Marie Villemin (le père de Grégory), et sa femme Jacqueline ont été déférés au parquet général de Dijon vendredi, rapportent plusieurs médias français.

"On ne sait pas comment est mort Grégory et on met en examen", s'est-il exclamé.

Et Me Giuranna de pointer là une "nette reculade". La cour d'appel de Dijon l'a innocentée en 1993. "Cela rend ses déclarations peu crédibles", déclare le procureur général.

"Nous avons des éléments troublants, nombreux, précis, concordants, significatifs, à l'encontre des époux Jacob mais également à l'encontre d'autres membres de la cellule familiale que je ne citerai pas".

L'affaire a été relancée grâce notamment au logiciel d'analyse criminelle Anacrim, qui a permis de porter "un regard neuf sur la procédure" en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences. Mais ils sont restés muets en niant toute implication. "Le dossier révèle l'existence d'un lien indissociable entre les trois lettres anonymes de 1983, le courrier posté le jour du crime avant 17h15 et l'enlèvement de l'enfant", a affirmé Jean-Jacques Bosc, qui a mis en avant le fait que les lettres et appels anonymes avaient été passés par "un homme et une femme" et la similitude des termes employés. Il a expliqué par ailleurs que "Bernard Laroche aurait participé à l'enlèvement".

La suite de l'enquête devrait passer par de nouveaux interrogatoires.

Recommande: