" Plusieurs personnes " ont concouru au crime, selon le procureur — Affaire Grégory

17 Juin, 2017, 21:10 | Auteur: Sebastien Chopin
  • Le village du petit garçon retrouvé mort en 1984

Parfois, la famille devient un enfer. "Le corbeau était 'double': il y avait un homme et une femme".

Le 4 mars 1983, une première lettre manuscrite est déposée sur le rebord de la fenêtre de la maison du couple. Car sur les milliers d'appels téléphoniques reçus par la famille Villemin, on reconnaît deux voix. Deux sont en lettres capiales, trois en cursives. "Voilà ma vengeance, pauvre con", disait la missive. En clair, personne n'a jamais pu écarter formellement les époux Jacob du rôle de corbeaux.

Certes, après plusieurs décennies d'impasses, l'enquête est relancée après les mises en examen hier pour enlèvement et séquestration suivie de mort de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de la victime.

En 1982, il apostrophe son neveu qui vient dêtre promu contremaître: "Je ne serre pas la main à un chef".

L'affaire Grégory n'est pas résolue, " je ne sais pas qui est l'auteur " du crime, mais " plusieurs personnes " y ont concouru, a déclaré le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, jeudi 15 juin. "Le dossier révèle l'existence d'un lien indissociable entre les 3 lettres anonymes de 1983, le courrier posté le jour du crime, et l'enlèvement de l'enfant", affirme le procureur.

Selon Me Stéphane Giuranna, avocat de Marcel Jacob, ce déferrement n'est "pas une décision de culpabilité", mais la "possibilité d'accéder à une procédure". La grande-tante de Grégory n'a jamais été interrogée durant les cinq premières années d'enquête puis, convoquée pour la première fois en 1989, elle s'est montrée particulièrement réticente à répondre aux questions. "L'éventualité d'une absence momentanée de leur lieu de travail ne saurait être exclue", avaient considéré les enquêteurs de l'époque. Tous deux avaient été placés en garde à vue mercredi. Le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant sont poursuivis l'un et l'autre pour "enlèvement et séquestration suivie de mort".

Michel Villemin, le frère de Jean-Marie Villemin. Le fait que M. Villemin soit désigné, dans les lettres comme dans les appels, comme "le chef", paraît déterminant pour laisser entendre que le fameux corbeau était en réalité le couple Jacob, qui n'aurait "pas d'alibi étayé" pour chacun des moments où les appels ont été passés. Les grands-parents (Monique Jacob et Albert Villemin) ont été entendus cette semaine en audition libre.

Mais les parents de Gregory sont persuadés que Bernard Laroche est le coupable.

Si la réussite de son fils Jean-Marie lui inspire une admiration sans borne, ses sentiments à lendroit de sa belle-fille Christine sont contrastés: lorsque la mère de Grégory est soupçonnée dêtre lassassin de son propre fils, Monique Villemin se constitue partie civile et soutient laccusation. Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, est tout d'abord accusé sur base d'un témoignage direct. Mais le témoin se rétracte, et Bernard Laroche est libéré. L'affront lui vaut une rupture durable avec son fils et sa bru. L'individu à la moustache pourrait-il être Bernard Laroche? Par ailleurs, à défaut d'analyses ADN probantes, de nouvelles expertises en écriture sur des courriers anonymes ont été effectuées.

Remis en liberté en février 1985, il est abattu à lâge de 29 ans par le père de Grégory moins de deux mois plus tard. La cour notera dans le même temps que des charges "très sérieuses " continuent à peser sur Bernard Laroche. En 1984, c'est Bernard Laroche qui est inculpé d'assassinat, accablé par des expertises graphologiques et par sa détestation de son cousin.

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