Enquête sur Lafarge en Syrie: Trois ex-salariés syriens entendus à Paris

21 Septembre, 2017, 15:37 | Auteur: Phil Beauvilliers
  • Enquête sur Lafarge en Syrie : trois ex-salariés syriens entendus à Paris

Trois ex-salariés syriens de la cimenterie Lafarge en Syrie ont été entendus cette semaine à Paris dans l'enquête sur le groupe français, soupçonné d'avoir indirectement financé des groupes armés, dont l'organisation État islamique, a appris mercredi l'AFP de source proche de l'enquête.

L'enquête s'attache à déterminer les liens qu'a pu entretenir le géant du ciment, notamment avec l'EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, la cimenterie de Jalabiya (nord du pays).

L'enquête porte aussi sur la connaissance qu'auraient eu des responsables du groupe en France de ces agissements et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés sur place. Au cours de leurs auditions, les anciens salariés ont confirmé " le caractère accablant des éléments qui pourraient être retenus contre Lafarge ", a indiqué leur avocate Marie Dosé. En septembre 2016, le ministère de l'Économie avait déposé plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ). Le directeur général adjoint opérationnel de Lafarge, Christian Herrault, a reconnu que le groupe s'est soumis à une "économie de racket" menée par des milices armées dès "septembre ou octobre 2012" afin de rester sur le site, dans l'optique d'une construction de la Syrie après la guerre. Un intermédiaire a même été employé "pour négocier avec les groupes armés qui tiennent les checkpoints autour de l'usine", écrit Le Monde. Un responsable du groupe terroriste rencontre alors l'intermédiaire mandaté par Lafarge pour négocier.

"Cela représentait 5 millions de livres syriennes par mois pour Daech (acronyme arabe de l'EI), environ 30 000 dollars (plus de 20 000 euros)".

La direction française du groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", ajoute le rapport, également révélé par les journaux français Le Canard enchaîné et Le Monde. "Le gouvernement n'a jamais incité Lafarge à partir de Syrie", a souligné Christian Herrault, tandis que Frédéric Jolibois a relevé avoir été "régulièrement en contact avec le Quai d'Orsay et la DGSE".

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