Une centaine de femmes françaises dénoncent les dérives de #BalanceTonPorc et #MoiAussi

09 Janvier, 2018, 20:41 | Auteur: Gerard Affre
  • Deneuve Millet Lahaie… ces femmes qui défendent

Ces cent personnalités estiment d'une part que cette libération de la parole est devenue une justice expéditive qui fait "déjà des victimes", et d'autre part qu'elle enferme les femmes dans un statut de victimes. S'appuyant sur la pensée du philosophe Ruwen Ogien, les signataires prônent une "liberté d'importuner ", pour elles "indispensable à la liberté sexuelle". "Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", insiste les auteures de la tribune en introduction.

Quand une tribune commence par " Le viol est un crime ", comme si le lecteur sur le point de parcourir les lignes suivantes risquait de l'oublier au passage, c'est qu'il y a un hic. "Nous sommes aujourd'hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle".

"En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d'une haine des hommes et de la sexualité", argumentent-elles encore après avoir pris soin de distinguer drague et agression sexuelle.

"Gageons que nombre des signataires n'ont pas récemment été exposées à ce type de " non évènement " qui se trouve, de par la construction du texte, directement mis sur un pied de quasi-équivalence avec les " victimes, des hommes sanctionnés dans l'exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses "intimes" lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femmes chez qui l'attirance n'était pas réciproque ".

Le collectif féminin estime que cette façon d " envoyer les 'porcs' à l'abattoir produirait un effet inverse à celui recherché: au lieu de permettre aux femmes de gagner en autonomie, il servirait les "intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires", et ceux qui estiment que les femmes sont des êtres qui réclament et nécessitent d'être protégés. Dans un tweet, l'ancienne ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol regrette "cette étrange angoisse de ne plus exister sans le regard et le désir des hommes". La féministe Caroline de Haas dénonce ainsi une défense, d'après elle, du "droit d'agresser sexuellement" les femmes. "Révoltant. À rebours de la prise de conscience actuelle", s'indigne l'association Osez le féminisme, qui rappelle qu'"une femme sur six sera agressée ou violée au cours de sa vie".

En mars, Catherine Deneuve avait apporté son soutien à Roman Polanski, accusé d'agressions sexuelles. "Le dernier métro de Catherine Deneuve date de 1980", raillait par exemple un internaute, en référence au film du réalisateur François Truffaut dont elle fut la vedette. Des propos jugés "déplacés" par le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Recommande: