Des féministes accusent les signataires de "mépriser" les victimes — Tribune polémique

11 Janvier, 2018, 21:57 | Auteur: Gerard Affre
  • Des féministes accusent les signataires de la tribune du Monde

Heureusement, comme le souligne la réponse des féministes, si l'intervention "liberté d'importuner" est régressive et méprisante, elle n'aura pas l'effet escompté.

Dans l'édition du mardi 9 janvier 2018 du journal Le Monde, on peut lire une Tribune co-signée par une centaine de femmes.

"Le viol est un crime".

Il y a eu les révélations fracassantes sur le producteur américain Harvey Weinstein, la libération de la parole des femmes à l'échelle mondiale, le mouvement "Time's Up" lancé par plus de 300 actrices hollywoodiennes en soutien aux victimes de harcèlement et d'agressions sexuels et la cérémonie engagée des Golden Globes avec son dresscode "toutes et tous en noir". "Des hommes ont été sanctionnés dans l'exercice de leur métier, contraints à la démission, alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses 'intimes' lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque". Toujours d'après les signataires du texte, beaucoup de carrières masculines ont été détruites pour avoir eu le malheur de courtiser une femme avec les mouvements #Balancetonporc et #MeToo.

Pour ces femmes, cet engouement à envoyer "les porcs à l'abattoir" n'aide pas la gent féminine à l'autonomie.

"En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d'une haine des hommes et de la sexualité", poursuivent les signataires.

"Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d'importuner. Nous sommes aujourd'hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle".

"Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n'est pas monolithe: une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d'être l'objet sexuel d'un homme, sans être une 'salope' ni une vile complice du patriarcat".

"Cette tribune, c'est un peu le collègue gênant ou l'oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer", estiment-elles.

La tribune de ces personnalités est une "gifle à l'encontre de toutes les femmes qui dénoncent la prédation sexuelle", a estimé l'ancienne ministre socialiste des droits des femmes Laurence Rossignol. "Et qui conduit des femmes intelligentes à écrire des énormes âneries". De son côté, la militante féministe Caroline De Haas critique une "tribune pour défendre le droit d'agresser sexuellement les femmes (et pour insulter les féministes)".

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