Nouveaux heurts dans plusieurs villes tunisiennes

13 Janvier, 2018, 04:56 | Auteur: Phil Beauvilliers
  • Tunisie nouvelles manifestations à deux jours de l'anniversaire de la révolution
AFP
 Sofiene HAMDAOUI

Près de 780 personnes ont ainsi été arrêtées dans le pays depuis le déclenchement ce lundi des troubles sociaux alimentés par des mesures d'austérité, a précisé le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khlifa Chibani sur la radio privée Mosaïque FM.

"Il y a des actes de pillage et de vol, mais aussi un message politique de la part d'un pan de la population qui n'a plus rien à perdre", estime le politologue Selim Kharrat, soulignant que nombre de symboles de l'Etat ont été pris pour cible.

Un supermarché de la banlieue sud de Tunis a été pillé mardi soir par des jeunes qui ont volé argent et marchandises, selon Mohamed Baccouche, directeur adjoint d'exploitation de Carrefour.

L'armée a été déployée autour de banques, bureaux de postes et autres bâtiments gouvernementaux sensibles dans les principales villes du pays, selon le ministère de la Défense.

Des dizaines de jeunes sont descendus jeudi soir dans les rues et jeté des pierres sur des agents sécuritaires qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène, a constaté un correspondant de l'AFP.

Heurts entre manifestants et membres des forces de l'ordre à Tunis en marge d'une manifestation contre la hausse des prix et les mesures d'austérité le 12 janvier 2018

Plusieurs dizaines de chômeurs se sont rassemblés dans le centre de Sidi Bouzid, ville pauvre du centre du pays d'où était parti le soulèvement de fin 2010, selon un correspondant de l'AFP. En janvier 2016, lors de la dernière importante vague de contestation sociale, la colère déclenchée par le décès d'un chômeur protestant à Kasserine s'était propagée à travers le pays, et les autorités avaient dû décréter un couvre-feu des jours durant.

Le ministère de l'Intérieur a démenti que cet homme ait été tué par la police, assurant qu'il ne portait aucune marque de violence. Le puissant syndicat UGTT, tout en reconnaissant la légitimité des revendications de nombreux jeunes sans emploi, a condamné "la violence et le pillage", appelant à "protester de manière pacifique pour ne pas être utilisés par des parties qui ne veulent pas le bien de notre expérience démocratique naissante".

Les militants de la campagne "Fech Nestannew " (Qu'est-ce qu'on attend, ndlr) lancée en début d'année pour protester contre les hausses de prix ont appelé à manifester massivement vendredi.

Ils réclament une révision de la loi de finances, qui a augmenté la TVA et créé différentes autres taxes, ainsi qu'une meilleure couverture sociale pour les familles en difficulté et une lutte plus efficace contre la corruption.

Le mois de janvier est traditionnellement marqué par une mobilisation sociale depuis la révolution de 2011. Le contexte est particulièrement tendu cette année à l'approche des premières élections municipales de l'après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai.

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