Treize morts dans les mouvements de protestation, Rohani appelle au calme — Iran

13 Janvier, 2018, 18:57 | Auteur: Phil Beauvilliers
  • Des manifestants défilent dans une rue de Téhéran en Iran

Deux manifestants ont été tués par balles samedi soir à Doroud, dans l'ouest du pays, premières victimes signalées lors d'une contestation sans précédent depuis la grande vague de manifestations contre la réélection de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Des manifestations antigouvernementales agitent le pays depuis cinq jours. Certains suspectent aussi les conservateurs, rivaux du courant modéré dont fait partie M. Rohani, de vouloir saboter la politique économique du gouvernement au risque de déclencher un mouvement qui pourrait devenir difficile à maîtriser. Et d'ailleurs, c'est une sorte d'Etat islamique.

Un tiers de la jeunesse iranienne est au chômage, selon des chiffres officiels sous-évalués. Mais ils s'indignent aussi des annonces d'augmentation du prix de l'essence, et des nouvelles mesures réduisant les aides sociales des retraités. La promesse de relancer l'économie, souffrante depuis des années en raison des sanctions internationales passées et d'une mauvaise gestion, a été au cœur des campagnes présidentielles de Hassan Rohani, réélu pour un second mandat en mai. D'autant que les subventions pour les fondations religieuses et les salaires des Gardiens de la révolution ont été augmentés.

Depuis jeudi 28 décembre, l'Iran est secoué de multiples manifestations contre le pouvoir en place et les difficultés économiques.

Dans un souci d'apaisement, qui s'avèrera vain, le président Rohani a reconnu, dimanche, que l'Iran doit fournir un espace pour que la population puisse exprimer ses " inquiétudes quotidiennes ", mais il a condamné les violences et la destruction des biens publics.

Toutefois, le gouvernement a fini par durcir le ton envers les manifestants. "Nous agirons contre ceux qui provoquent la terreur", a averti le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli, en faisant la distinction entre "ceux qui ont des revendications légitimes" et "les contre-révolutionnaires".

Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Shamkhani, a affirmé que " les hashtags et les messages à propos de la situation en Iran provenaient des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'Arabie saoudite ". Des milliers d'Iraniens manifestent depuis trois jours contre la vie chère mais aussi contre le pouvoir dirigeant. "L'Iran échoue à tous les niveaux malgré le terrible accord signé avec eux par l'administration Obama", a posté le président américain. "L'Amérique est avec le peuple iranien". Au sujet du soutien affiché par Washington aux manifestations, il a déclaré: "Cet homme d'Amérique, qui veut aujourd'hui sympathiser avec notre peuple, a oublié qu'il qualifiait la nation iranienne de terroriste il y a quelques mois". Cité par l'agence de presse Reuters, le ministre des Renseignements de l'Etat hébreu, Yisrael Katz a déclaré sur la radio de l'Armée israélienne le 1er janvier: "Je ne peux que souhaiter la réussite au peuple iranien dans sa lutte pour la liberté et la démocratie", précisant toutefois: "Israël a décidé de ne pas se mêler de cette affaire interne".

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